Un jingle radio pour un livre, rien que pour ce livre.
Alors lui, c'est ma première pépite littéraire de l'année. Un skeud si c'était une galette. Un scud sans aucun doute. Comme on ferme les yeux au solo de saxo d'Is it the future ? des Fatback, comme on laisse traîner son chant sur otherrrrrrrrrrrr de let's celebrate de Skyy et assène plus tard un énorme come DOWN tout en bougeant le bassin n'importe comment puis tournoie en faisant l'avion, comme on entonne un régressif nanananananana stone love de Kashif (très important le nombre de syllabes chantées sinon on est hors rythme) ou encore ou encore comme des centaines d'exemples. Peut-être comme ces vieilles gouines qui ne s'assument pas mais entrent en transe en écoutant Michel Sardou. Ou comme cet officier pédé qui ne s'assumait pas non plus mais entrait en transe en écoutant Dalida. Ou comme le moustachu fumant comme un pompier qui assume ses gitanes maïs et entre en transe en écoutant Johnny. Misère. Impossible. Ce livre ne s'adresse pas à ces auditeurs-là.
"Je cherchais le beat parfait, la confluence de la mélodie et du groove qui transcende l'humeur et le temps. (...) Un beat intemporel promis cependant à ne jamais devenir un "oldie but goodie" pour demeurer frais comme du pain à la française. La Joconde sonique."
Ferguson Sowell est DJ Darky, un maniaque du son, celui de la vie de tous les jours, celui du groove et surtout celui du jazzman Charles Stone alias "le Schwa", le meilleur de sa génération qu'il recherche à Berlin pour parfaire son projet fou, sortir le beat parfait.
Ecrit comme ça, le pitch a l'air naze. L'histoire est un peu naze mais cet auteur, Paul Beatty a un sacré style. Sarcastique avec la communauté noire dont il est issu. Ironique avec les Teutons et très très drôle. Il joue avec les mots comme un crooner avec l'amour.
Il a déjà écrit 5 bouquins et Slumberland est le 1er traduit en France. Qu'est-ce qu'ils attendent au Seuil pour sortir les autres ?
1er extrait, p127.
"Le halètement canin du leitmotiv d' Atomic dog de George Clinton bondit prestement dans la salle, me forçant à me relever de mon siège. (...) De là nous nous métamorphosâmes et nous transformâmes, enchaînant les poses funkifiées. Le funk et rien que le funk nous rétamant comme un fer à repasser bien chaud. (...) Aplatis contre les murs, les membres levés et tordus en des angles improbables, très-aigus et pas-si-graves, nous ressemblions à des silhouettes dansantes sur un antique vase babylonien."
Paul Beatty / Slumberland / Fiction & Cie Seuil
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