Oh encore un témoignage comme on en a déjà vu à la télé, j'ai déjà vu Welcome, je n'étais pas très attirée, salement blasée ? bassement indifférente ? mais, lis quand même les premières pages et tu verras bien. J'ai eu raison de voir. J'ai avalé le récit en un week-end, happée par le témoignage de Wali Mohammadi qui nous a emmené par la main dans son périple et qui surtout nous a embarqué dans sa tête, celle d'un ado de 14-15 ans. Impossible de ne pas faire le rapprochement avec la vie que mènent nos collégiens... Imagine-t-on un instant ce qu'est cette vie-là ? voir périr ses frères sous les roquettes des insurgés qui tirent au jugé, voir son père emmené par les talibans et le savoir mort sous la torture, avoir à se cacher, avoir peur d'être raflé par les barbus pédophiles qui font leur marché à la sortie de l'école, avoir subi la torture, avoir à s'exiler et travailler à de petits métiers, avoir à cacher sa nationalité pour éviter le racisme iranien, à voir un homme exploser sur une mine, avoir à nouveau l'espoir, retourner dans son pays et voir sa mère déchiquetée le jour du marché à cause de la folie meurtrière de terroristes, avoir à abandonner provisoirement son frère orphelin pour trouver la vie chez nous en Occident, avoir à échapper au PKK, avoir à affronter les passeurs, avoir à franchir des montagnes à pieds, avoir peur, avoir à prendre des risques insensés, avoir à faire confiance, avoir à rester sur ses gardes, avoir à constamment réfléchir, avoir à affronter les violences policières, les français sont bien placés en la matière, avoir à s'intégrer. Alors à voir tous ces glandeurs à la sortie de nos collèges, je me dis, même si c'est enfoncer une porte ouverte, que notre monde ne tourne vraiment pas rond, que pendant que ces collégiens étudient le Bildungsroman du 18è-19è siècle, d'autres expérimentent les épreuves par la force des choses, que ces obstacles-là sont bien réels et que la vision qu'il se fera de la vie ne sera plus jamais la même.
" Parfois, je ne suis pas bien du tout. Kaboul, Téhéran, Istanbul, Calais, Londres... Mon père, la torture, les talibans ; ma mère, l'explosion, les corps à l'hôpital... Mustapha à Kaboul, Fahima à Londres... Tout défile dans ma tête, cela tourne, cela devient obsédant, je fais des cauchemars, me réveille en sueurs, la nuit... (p.186)
Je fais beaucoup de cauchemars comme tous les Afghans, et comme tous ceux qui ont connu des guerres. Parfois je dois me pincer pour me sentir vivant et croire en ma nouvelle vie. Je me demande si tout cela a un sens, si l'on peut laisser derrière soi son pays, ses racines, le souvenir de ses morts. Alors une vie banale pour moi qui rêvais de reconstruire mon pays ? J'espère qu'avant de m'enfoncer dans ce genre de petite vie confortable, j'aurai au moins essayé quelque chose de plus ambitieux. (...) Calais, septembre 2009 (Dernière page 237)"
De Kaboul à Calais L'incroyable périple d'un jeune Afghan, Wali Mohammadi Un récit de Geoffroy Deffrennes / Ed. Robert Laffont 2009
Aujourd'hui le ministre de l'immigration et de l'identité nationale présente au conseil des ministres son projet de loi relatif à l'entrée et au séjour des étrangers.
http://www.mediapart.fr/club/blog/terra-nova/310310/projet-de-loi-besson-limagination-au-service-de-la-repression
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