mardi 10 mars 2009

Ni blanc ni noir, gris, Gris-Oakland.

Telle une teinte figurant sur la palette du marchand de couleurs. Un sale gris qui aurait pris des trempes par des Hell's Angels ou des mexicains énervés ou un fer-à-repasser sur le dos de la main car merde ce n'est pas beau de voler. Un gris pisseux de fumées d'usine, de station-service et de macchabées. Un gris de culs de bouteille, cuivré d'accords et de pistons à la sauce Dizzy Brown Baker Hubbard Ferguson Davis Armstrong. Un gris sérieux, mécanique, jamais pleurnichard ni sentimental, encore moins autolâtre. Pas de fiottes s'analysant le je. Exit le roman français.

En anglais, ça se nomme East Bay Grease. Je n'ai jamais compris pourquoi les traducteurs s'autorisaient à saccager ainsi les titres originaux. Leur gris ne poisse pas les mains, à moins de connaître la ville d' Oakland... et encore. Encore un titre hygiénique.

Il me semble qu' Eric Miles Williamson a eu un début de vie merdique, je ne me souviens plus très bien de l'article, qu' il aurait, lui aussi, connu tous ces boulots de merde avec des morts dedans et du mépris comme son personnage T-Bird. Son écriture transpire le réel, pas le préfabriqué. J'adore son style. Là où je suis en désaccord, même pauvre, on peut apprécier le whisky au goût de merde des riches ;)

Parmi mes préférés, Duke's Awakening suivi de Duke's Fantasy et Duke's Last Soliloquy de Gillespie, la lecture peut commencer.



(...) C'est ici qu'habitent ces salopards de riches. A moins d'un coup de chance, c'est pour eux que tu bosseras un jour. Un salopard de riche qui n'a pas à se fouler te dira quelle tranchée creuser, quelle côtelette griller et quel itinéraire suivre. Je les ai connus, ces salauds-là. Ils ne boivent pas de bière. J'te jure : pas de bière. Pas parce qu'ils n'aiment pas, mais parce que s'ils en buvaient, ça reviendrait à admettre qu'ils sont comme toi et moi. Les salopards. C'est pour ça que, dans les fêtes, ils boivent du whisky, qui a le goût de la merde et dont personne ne boit à moins d'être un salaud de riche - et pas parce que c'est bon, mais parce que c'est ce qu'ils sont censés boire. Les salopards.



Chez Gallimard.

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